Fait répandu, dans le passé, la chasses aux sorcières traquait les femmes jugées responsables de fléaux.
Introduction
A une époque où l’on accusait souvent le démon de malheurs, la chasse aux sorcières et les procès de sorcellerie étaient courants, se faisant plus nombreux en période de fléaux, de guerre ou de misère. La sorcière en devenait l’incarnation et aussi le bouc émissaire.

Histoire
Premières accusations
C’est au IVème siècle que débute les premières accusations. Saint Augustin est le premier à évoquer les sorcières et leur nuisances, bien que cela soit plus tard que cette pensée va s’ancrer. En 1326, dans La bulle Super illius specula, Jean XXII détermine la sorcellerie comme une hérésie. En 1330. elle est ajoutée à la liste des crimes condamnables par l’inquisition.
En 1426, est publié le Malleus Maleficarum (Le Marteau de la Sorcière) des moines et inquisiteurs dominicains Henri Institoris et Jacques Sprenger. Ce manuel sur la sorcellerie va devenir l’ouvrage de référence des inquisiteurs pour traquer les sorcières. En 1484, le dominicain allemand Johannes Nider, codifie le profil de la sorcière dans Formicarius (La Fourmillère).
La Guerre de Cent Ans et Jeanne d’Arc
Les premières accusations et condamnations ont déjà lieu et se poursuivent durant la Guerre de Cents. Ainsi avec Jeanne d’Arc. La pucelle d’Orléans, en plus d’être une grande figure historique, est une des plus grandes représentantes des femmes accusées et condamnées de sorcellerie. Jeanne d’Arc pour hérésie et sorcellerie fut condamnée au bûcher en 1431. Cependant, elle fait exception à toutes les autres condamnées dans l’histoire, puisqu’elle est la seule qui fut béatifiée en 1909 canonisée en 1920.
Le XVIème siècle
C’est entre 1580 et 1630 où se déroule le plus grand nombre de procès. Dans cette période, on estime à environ 100 000 personnes, principalement des femmes, qui ont été accusées et jugées pour sorcellerie. Ces traques étaient organisées la plupart du temps suite à un fléau touchant des personnes, des cultures ou le bétail.
Les ecclésiastiques attribuaient ces maux au mal et on cherchait donc le responsable ou un bouc émissaire. La femme étrange vivant isolée, ayant des troubles mentaux ou celle aux cheveux roux (ce qui était rare à l’époque) était toute désignée à cause de sa différence. La grande majorité des accusées avaient plus de cinquante ans, car selon l’Église, la pratique de la sorcellerie demandait de l’expérience et seule une femme âgée pouvait arriver à la pratiquer. Dans certains cas, des hommes pouvaient être aussi accusés, notamment des forgerons pour leur relation avec les éléments.
La chasse aux sorcières était à cette époque considérée pour la majorité comme juste. L’Église entretenait la peur envers les sorcières pour qu’elles soient dénoncées. Ce qui était renforcé par des ouvrages comme De la Démonomanie des sorciers du philosophe Jean Bodin ou le Disquitionum Magicarum Libri Sex du jésuite Martin Delrio, qui compile les pratiques des sorciers et incite le clergé à n’avoir aucune pitié. L’Église ainsi renforçait son autorité et son influence morale. De plus, ces procédures ne lui coûtait rien, car les biens et les terres des accusés étaient saisis, ce qui couvrait les frais. Souvent elle en faisait même des bénéfices.
Dans les populations, certains profitaient de ce contexte pour ne pas rembourser des dettes, se débarrasser de quelqu’un, accuser un autre d’un forfait en dénonçant la personne pour sorcellerie.
Le déroulement des procès de sorcières
Après une accusation, avait lieu une enquête pour prouver ou non si l’accusée était bien une sorcière. Cela commençait par un examen médical pour trouver la marque du diable. Ensuite, une aiguille était plantée dans le corps. Si l’accusée ne saignait pas, alors elle était une sorcière. On teste sa légèreté pour prouver qu’elle peut voler sur un balai. on pouvait aussi comparer son poids à celui de deux exemplaires de la Bible. Si elle était plus légère, alors elle était une sorcière.
Sans preuves tangibles, elles étaient torturées, jusqu’à ce qu’elles avouent servir le Diable. Ce qui fut même dans l’empire germanique autorisé par l’empereur Charles Quint en 1532. Il n’y avait pas d’échappatoires pour elles, car soit sous la douleur, elles finissaient pas avouer ce que les inquisiteurs voulaient entendre, soit si elles ne parlaient pas, ils avaient des explications à leur silence.
Si l’accusée niait d’avoir participer à des réunions, de croire à l’existence des sorcières (et donc qu’elle en était une), alors elle niait l’existence du Diable. Ne pas croire à l’existence du malin, revenait à ne pas croire à l’existence de Dieu son opposé, donc elles ne marchaient pas dans la lumière. Quelque soit la manière dont était obtenu l’aveu ou une conclusion à l’interrogatoire, l’accusée finissait le plus souvent condamnée au bûcher.
Du côté des théoriciens, la plupart des ouvrages allaient dans le sens de l’église tels que le Daemonologie de Jacques VI d’Écosse. Peu osaient allaient contredire la direction donnée par l’Église, pour ne pas courir le risque d’être eux-même accusés de sorcellerie. Jean Wier au XVIème siècle en avait été un exemple. Dans un traité il avait cherché à prouver que les actes de sorcelleries reposaient en réalité sur des faits rationnels. Accusé de liens avec la sorcellerie, il échappa de peu au bûcher. D’autres étaient plus modérés comme le Saducismus Triumphatus (La défaite des sadducéens) de Joseph Glanvill, qui en 1700, approuve la chasse aux sorcières mais remet en question les méthodes des juges. Le médecin anglais Tomas Ady fit de même en 1656, dans Une Lueur dans la noirceur, un traité où il conteste la validité des preuves lors des procès.
Les sorcières de Salem
Les procès des sorcières de Salem sont parmi les plus célèbres. Ils ont conduit à arrêter une centaine de personnes et à l’exécution de vingt d’entre elles (quatorze femmes et six hommes). Betty Parris, Abigail Williams, Sarah Good, Tituba, font partie des noms les plus connus parmi les accusées.
Ces procès ont débuté en février 1692, lorsque deux jeunes filles accusèrent Tituba, une esclave travaillant chez le révérend Samuel Parris, de sorcellerie. Une communauté puritaine habitant à Salem, cette accusation était des plus graves. Contrainte par le révérend Parris, Tituba avoua avoir préparer un gâteau de sorcière pour protéger les deux jeunes filles d’un mauvais sort. Elle échappa à la pendaison en dénonçant d’autres sorcières de la ville, ce qui entraîna un enchaînement d’accusations et de procès.
Cela dura jusqu’en octobre 1692, quand Sir William Phips le gouverneur du Massachusetts mit fin aux procédures.
Le siècle des Lumières
Au siècle des Lumières, on étudia de plus près les sorcières et on s’aperçut que leur mythe reposait sur des superstitions et de fausses croyances. Cependant, l’existence de réunions nocturnes, nommées les sabbats dans le mythe des sorcières, fut confirmée. Toutefois, on ne put établir en quoi vraiment elles consistaient, car beaucoup de zones d’ombres persistaient sur le sujet, faute de témoignages. Ce qui explique que les accusées de sorcelleries n’avaient jamais été prises en flagrant délit, mais dénoncées sur de fausses accusations, de fausses rumeurs, ce qui suffisait amplement aux inquisiteurs pour les arrêter.
La modernité
Avec le temps, les chasses aux sorcières finirent par être condamnées et ne plus être menées. Bien que tardivement, des condamnées ont par la suite été disculpées, comme Anna Göldin, condamnée en Suisse en 1782 et innocentée en 2008. Les victimes de Salem pour leur part ont été innocentées par le Massachusetts en 2000.
Les lois qui existaient à ce sujet bien que n’étant plus appliquées depuis longtemps ont été modifiées elles aussi tardivement. Le Canada par exemple a abrogé la loi sur la sorcellerie en 2018.
Références
Liens externes : Au fil des siècles, des milliers de victimes, Les procès des sorcières de Salem : entre mythe et réalité (National Geographic), les prémices (Histoire & Civilisations), un crime contre l’humanité ? (France Inter), La sorcellerie en Suisse (RTS Découverte), les procès de sorcières de Salem (Radio Canada), Maléfique ! De la sorcellerie utile au crime hérétique (France Culture)
Image : lenycherry_aiart
Dernière modification le 16/01/2026.






