Le bachelier Liu

Conte, l’histoire de la Princesse-Dragon et du bachelier Liu est un récit chinois parmi les plus connus.

Datant de la dynastie des Tang, le conte de la Princesse-Dragon et du bachelier Liu met en scène plusieurs personnages, à travers lesquels on peut en apprendre plus sur les mœurs de l’époque.

Liu était né dans la province de Huan et était monté à la capitale pour ses examens. Ayant échoué, il rentra chez lui, mais fit un détour pour voir un autre candidat de Jingyang, qui avait lui aussi échoué. Sur la route, alors qu’il était à cheval, il croisa une jeune bergère, fort belle, mais qui semblait attristée. Si la jeune femme essaya de sourire pour cacher ce qui la peinait, elle finit pas pleurer. Elle lui expliqua qu’elle était la fille du Roi-Dragon du lac Dongtin et que son père l’avait mariée au second fils du Roi-dragon du fleuve Jing. Elle n’était pas heureuse avec son époux car ce dernier la trompait souvent et la brutalisait. Ses plaintes furent vaines, ses beaux-parents ne la croyant pas l’avaient bannie, ne la laissant qu’avec un troupeau de moutons. Elle aurait voulu prévenir son père, mais elle ne pouvait s’y rendre car cela était trop loin.

Comme Liu était né non loin du lac Dongtin, elle lui demanda s’il pouvait apporter un message à son père. Liu accepta mais demanda comment atteindre le fond du lac et la jeune femme lui tendit une ceinture. Elle lui dit de l’attacher à une des branches d’un oranger se trouvant au Nord du lac et de frapper trois fois le tronc de l’arbre. Quelqu’un viendrait alors le chercher et il n’aurait plus qu’à le suivre. Liu prit le message de la Princesse-Dragon, mais avant de partir il lui demanda ce qu’avait de particuliers les moutons qu’elle gardait. Elle lui expliqua qu’ils étaient la foudre et le tonnerre et lui montra les éclairs sortant de leurs yeux.

Liu se mit en route et à peine se retourna-t’il que la Princesse-Dragon et les moutons avaient disparus. Il arriva au lac Dongtin au bout d’un mois, trouva l’oranger et suivit les instructions à la lettre de la princesse-dragon. Un garde apparut et lui demanda qui était-il. Liu lui expliqua et le garde lui fit fermer les yeux. Quand il ouvrit à nouveau, il se trouvait au Palais de Voûte Divine du Roi-Dragon, un lieu magnifique avec de nombreuses arcades, des escaliers en jaspe, des colonnes en jade, des poutres en ambre, des lits de corails en émeraude.

Le Roi-Dragon fut annoncé et il se présenta sous une forme humaine. Il demanda à Liu ce qu’un homme faisait ici. Liu lui expliqua son voyage pour ses examens, son échec, sa rencontre avec la Princesse-Dragon sur le chemin du retour et ce qu’elle lui avait dit. Il sortit ensuite la lettre qu’elle lui avait donné et la confia au Roi-Dragon. Le Roi-Dragon en fut peiné de voir sa fille vivre comme cela et donna la lettre à son eunuque pour que ses femmes la lise. Il demanda ensuite que les femmes se lamentent moins fort pour que son frère, le Prince du fleuve Qiantang ne les entende pas. Ayant un fort caractère, il avait provoqué la Grande Inondation, noyé les Cinq Pics sacrés et s’était brouillé il y a peu avec les Généraux du Ciel. Il avait reçu le pardon de l’Empereur de Jade, mais avait été placé sous la surveillance du Roi-Dragon. S’il apprenait la nouvelle, il pourrait par colère aller trop loin de nouveau.

Mais ce fut trop tard, le frère du Roi-Dragon avait entendu et arriva sous sa forme de dragon écarlate dans un tourbillon de fumée, la crinière en feu et ses yeux jetant des éclairs. A la vue de cette créature énorme et si puissante, Liu s’évanouit. Lorsqu’il se réveilla, il vit une autre tourbillon de fumée entrer, mais celui-ci était de nuages apaisants. Il vit ensuite entrer une procession de magnifiques et gracieuses jeunes filles habillées en rouge et jouant des instruments. La dernière d’entre-elles était habillée différemment en soie et avait des antennes de papillon sur la tête. Lorsqu’elle s’approcha de lui, Liu reconnu la Princesse-Dragon. Le Roi-Dragon vint le voir à son tour et lui offrit à boire, lui présentant son frère, le Prince du Qiantang,

Le Prince remercia Liu pour leur avoir appris la nouvelle et lui raconta ce qui s’était passé pendant qu’il était évanouit. Le Prince avait combattu sur le fleuve Jing, emportant tous les serviteurs de Roi-Dragon de Jing et tué l’époux de la Princesse-Dragon. Après ces actes, il était allé voir L’Empereur de Jade pour lui expliquer ce qui c’était passé. L’Empereur de Jade devant les faits pardonna tous les actes passés du Prince, compte tenu de l’injustice qu’avait subi la Princesse-Dragon.

Le prince s’excusa d’avoir effrayé Liu, car il était encore sous la colère et le lendemain un grand festin fut organisé. A la fin, le Roi-Dragon offrit à Liu une corne de rhinocéros pouvant fendre les eaux et le Prince lui offrit une pierre de jade dont l’éclat pouvait repousser les ténèbres. Tous les autres convives lui offrirent d’autres choses, notamment des soies et des perles.

Alors que Liu allait se retirer, le Prince le prit à part pour lui proposer de se faire l’entremetteur de Liu avec la Princesse-Dragon. Liu fut prit de colère, car il n’acceptait pas que le Prince qu’après avoir réparé l’honneur de la Princesse-Dragon, fasse une telle proposition et ne se voyait pas de son côté l’accepter, également par honneur. Le Prince se reprit et s’excusa, réalisant son erreur. Il devint alors un grand ami de Liu qui resta quelques temps au palais, avant de décider de s’en aller. Lorsqu’il fit ses adieux, tout le monde fut peiné et il eut le cœur serré de quitter la princesse-Dragon.

Escorté d’hommes pour porter tous ses présents, Liu s’arrêta en route afin de vendre quelques objets. Avec un seul vendu, il devint si riche que personne ne pouvait l’égaler dans l’Empire. Il finit par se marier avec Zangh, mais elle mourut quelques temps plus tard. Il se remaria par la suite avec une jeune femme nommée Han, mais elle décéda aussi. Il déménagea pour Nankin et songea à se marier à nouveau. Une entremetteuse lui proposa Lu, une jeune femme de Fanyang dont le père, un magistrat était parti alors qu’il était vieux en quête de l’immortalité. Il n’était jamais revenu et Lu s’était mariée mais son époux était décédé. Liu accepta voyant en Lu une femme qui connaissait comme lui la perte d’un autre.

Quelques temps après le mariage, il regarda un soir le visage de Lu et réalisa comme elle ressemblait à la Princesse-Dragon. Il raconta à Lu son histoire et celle-ci lui annonça juste après qu’elle était enceinte. Un mois après la naissance de leur enfant, Lu en souriant comme quand il lui avait raconté ses aventures lui révéla qu’elle était bien la Princesse-Dragon. Elle lui dit qu’elle avait fait le serment de le servir pour l’avoir sauvée et bien qu’il ait refusé la proposition du Prince de Jing, elle était décidée à faire cela. Lorsque ses parents voulurent la remarier avec le Prince de la rivière Zhuojin, elle avait révélé son serment. Ses parents l’avaient alors laissée le retrouver, mais elle arriva trop tard, il était déjà marié avec Zangh. Elle demeura patiente alors qu’il épousa Han, pour pouvoir enfin le servir. Elle demanda à la fin de son récit à Liu s’il l’aimait également et il répondit que lors de la première rencontre, il avait eu pitié pour elle. Lorsque le Prince de Jing lui fit sa proposition il avait été furieux, mais lorsqu’il était parti, il le regretta. Il ne pouvait pas être plus heureux alors que de l’avoir retrouvée.

Ils vécurent heureux ensemble de nombreuses années, la Princesse-Dragon partageant son pouvoir d’immortalité avec Liu. Cependant ils durent se retirer au palais du Roi-Dragon quand un empereur désirant l’immortalité les fit traquer par les alchimistes. Seul Xue Gu, un cousin de Liu le revit, un jour où il traversa le lac Dongtin après avoir été destitué de l’administration impériale et exilé. Liu vêtu comme un empereur surgit juché au sommet d’une immense montagne d’émeraude et l’emmena au palais. Il remit à Xue Gu un coffret contenant cinquante pilules donnant un an de longévité de plus. Après avoir festoyé, Liu repartit au palais, en ayant donné rendez-vous à Xue Gue dans cinquante ans. Xue Gue revint au lac au moment fixé et on ne le revit plus. Après cela, nul ne revit les deux hommes.