La création du monde

Dernière modification le 14/04/2021 par Mibetama

Les différents récits de la création ou origine du monde dans les mythes.

La question de la création fascine encore aujourd’hui ; elle reste toujours posée, même avec le point de vue scientifique qui s’y est ajouté. Les temps antiques n’ont pas échappé à cette interrogation ; toutes les civilisations, qu’elles soient sumériennes, grecques, nordiques ou indiennes, possèdent un mythe de la création.

Le néant, le chaos originels

Tous les récits sur le sujet débutent par le silence, les ténèbres et par un grand désordre. Le Ciel et la Terre sont indistincts, l’univers est un tout indéfinissable. Selon les mythes, on parle de néant ou de chaos. Mais, les deux termes sont différents, car le chaos signifie l’absence de toute organisation, alors que le néant évoque l’absence de tout, le vide. Cependant, le chaos reste le plus souvent évoqué. Il a une forme, de la matière aussi désordonnée et indescriptible soit-elle ; parfois, il est décrit comme un océan infini.

Le chaos est personnifié en une divinité : Apsou pour les sumériens, Chaos pour les grecs, Noun pour les égyptiens, Narâyana pour les indiens et Muspilheim pour les nordiques. Quant aux japonais, le Chaos vient de trois Kotoamatsukami : Amenominakanushi, Takamimusubi et Kamimusubi qui donnent naissance au monde.

« C’était au premier âge
Où il n’y avait rien
Ni sable ni mer
Ni froides vagues ;
De terre point n’y avait
Ni de ciel élevé
Béant était le vide
Et d’herbe nulle part. »

Völuspá, poème anonyme de mythes nordiques

Un jour, tel un fœtus endormi dans ce désordre, naît un premier être, un dieu primordial (parfois suivi par d’autres). Comment cela a pu se produire ? c’est une question restée sans réponse. Les peuples de l’époque étant dépassés par cette énigme, pensaient que ces divinités, par leur puissance, avaient trouvé, par elles-mêmes, la façon de sortir du néant. Alors, leurs naissances, n’étant dues qu’à leur propre volonté et leur force, elles mirent un terme au sommeil indéfini du monde et le temps commença à s’écouler.

L’océan primordial

Pour les égyptiens, le chaos est personnifié par la déesse Noun : l’océan primordial, naissance de tout. Le monde avant sa venue n’était qu’une étendue d’eau infinie ; le Nil était pour eux source de la vie. De Noun sort un premier ilôt sur lequel pousse un lotus d’où naît , le premier dieu. On retrouve également chez les sumériens le thème de l’océan primordial. Tiamat est la déesse primordiale marine, née de Apsou, et bien que son apparition diffère de celle de Noun, son rôle est tout aussi important dans la genèse du monde. Monstre dès sa naissance, elle s’unit à Apsou et enfante une nombreuse descendance, tels que Moummou, Lakkhamou et Lakhmou, monstres eux-aussi. Chacun d’eux symbolise un élément naturel ou climatique et laisse toujours le monde en désordre.

“Lorsqu’en haut les cieux n’étaient pas nommés,

Qu’en bas la terre n’avait pas de nom,

Que même l’Apsou primordial, procréateur des dieux,

Moummou, Tiamat qui les enfanta tous

Mêlaient indistinctement leurs eaux,

Que les débris de roseaux ne s’étaient pas amassés,

Que les cannaies n’étaient pas encore visibles,

Lorsque nul dieu, était encore apparu,

N’avait reçu de nom ni subi de destin,

Alors naquirent les dieux du sein d’Apsou et de Tiamat.”

La naissance du monde, sources orientales

En effet, compte-tenu de leurs natures, ces premiers êtres monstrueux finirent par se battre. Mais, quand Apsou désire tuer sa descendance, l’un d’eux, Ea, l’apprend et le tue. Après ce méfait, Tiamat ne protégea plus ses enfants et les combattit.

Guerres contre les dieux primordiaux

Ce qui amène un autre thème très courant dans les genèses du monde : le combat des primordiaux avec les premiers dieux ou avec les êtres. Souvent les mythes de création commencent par une dispute sur la façon dont le monde a été conçu. On retrouve le cas chez les grecs, où du Chaos naît Ouranos le Ciel et Gaïa la Terre qui enfantent les titans. Mais Ouranos, épiant Gaïa, l’empêche d’accoucher, jusqu’à ce que Cronos, leur dernier enfant, et tous ses frères se libèrent de manière sanglante. La notion de monstres est également présente dans ce mythe, puisqu’en plus des titans, Ouranos et Gaïa donnent naissance aux hécatonchires et aux cyclopes.

Le démembrement

Un autre thème suit celui de ces conflits : celui du démembrement (d’un géant la plupart du temps) qui façonne le monde. C’est une version que l’on trouve chez les sumériens lorsque Tiamat est vaincue par Marduk, il utilise les parties du corps de la déesse pour créer le monde. Pour les nordiques et les  germains, c’est du démembrement du géant Ymir que naît le monde, ainsi que certaines races : les nains, par exemple.

« Par la chair d’Ymir a été modelé la Terre,
De son sang, la mer saumâtre,
De ses cheveux, les arbres, les collines de ses os,
De son crâne le ciel le fut.

Mais de ses cils, les Dieux aimants,
Ont modelé Midgard pour les fils des Hommes ;
De ses sourcils ils ont créé les nuages menaçants
Qui des cieux parcourent les mondes. »

L’Edda

Chez les hindous, le monde naît après la mort du géant Purusha. Son souffle devient le vent, son œil gauche le soleil, son œil droit la lune, ses membres deviennent les extrémités du monde et son sang devient un fleuve.

Le monde fut créé à partir du monstre Cipactli, tué par Quetzalcòatl et Tezcatlipoca, pour les aztèques. Avec sa tête ils firent naître les espaces célestes, avec son corps les univers terrestres, puis avec sa queue et ses membres l’inframonde.

L’œuf originel

Venant du mythe hindou,  une autre version débute par un œuf, né du chaos primordial. De lui naît le dieu Brahma qui utilise la coquille divisée en deux, pour créer la terre et le ciel. Il s’agit du thème de l’œuf cosmogonique, que l’on retrouve dans beaucoup de mythes, de manière plus ou moins métaphorique. Le récit d’Ouranos et Gaïa ci-dessus ou  celui du géant Pan Kou qui trancha l’œuf en deux pour créer le monde chez les chinois, en sont des exemples.

Références

Littérature : Enuma ElishEdda

Lien externe : Titans et création de l’univers (BnF)