La création du monde

Dernière modification le 10/12/2020 par Mibetama

Les différents récits de la création ou origine du monde dans les mythes.

La question de la création fascine toujours encore aujourd’hui ; elle reste toujours posée, même avec le point de vue scientifique qui s’y est ajouté. Les temps antiques n’ont pas échappé à cette question, et toutes les civilisations, qu’elles soient sumériennes, grecques, nordiques, indiennes, possèdent un mythe de la création.

Le néant, le chaos originels

Tous les récits de création débutent par le silence, les ténèbres et par un grand désordre. Ciel et Terre sont indistincts, l’univers est un tout indéfinissable ; on parle de néant ou de chaos pour désigner cet état de l’univers. Mais, les deux termes ne sont pas synonymes, car le chaos signifie l’absence de toute organisation alors que le néant évoque l’absence de tout, le vide. Le chaos a donc une forme, de la matière aussi désordonnée et indescriptible soit-elle, parfois décrit comme un océan infini.

Donc, selon les mythes, le commencement débute par le chaos ou par le néant et cela entraîne bien des différences ; mais c’est le chaos qui reste le plus souvent évoqué. Il est personnifié en une divinité : Apsou chez les sumériens, Chaos chez les grecs, Noun chez les égyptiens, Narâyana chez les indiens, Muspilheim chez les nordiques. Pour les japonais, du Chaos viennent les trois Kotoamatsukami (Amenominakanushi, Takamimusubi, Kamimusubi) qui donnèrent naissance au monde.

« C’était au premier âge
Où il n’y avait rien
Ni sable ni mer
Ni froides vagues;
De terre point n’y avait
Ni de ciel élevé
Béant était le vide
Et d’herbe nulle part. »

Völuspá, poème anonyme de mythes nordiques

Un jour, tel un fœtus endormi dans ce désordre, naît un premier être, un dieu primordial (parfois suivi par d’autres). Comment cela a pu se produire ? cela reste flou, pour ne pas dire inconnu. Les peuples de l’époque étant dépassés par cette question, déduisirent que ces divinités, par leur puissance, avaient trouvé, par elles-mêmes la façon de sortir du néant. Alors, leurs naissances, n’étant dues qu’à leur propre volonté et leur force, elles mirent un terme au sommeil indéfini du monde et le temps commença à s’écouler.

L’océan primordial

Pour les égyptiens, le chaos est personnifié par la déesse Noun: l’océan primordial. Le monde avant sa naissance n’était qu’une étendue d’eau infinie ; le Nil était pour eux source de la vie. De Noun sort un premier ilôt sur lequel pousse un lotus d’où naît , le premier dieu. Le thème de l’océan primordial, naissance de tout, se retrouve également chez les sumériens. Tiamat la déesse primordiale marine, naît d’Apsou, et bien que son apparition diffère de celle de Noun, son rôle est tout aussi important dans la genèse du monde. Monstre dès sa naissance, elle s’unit à Apsou et enfante une nombreuse descendance, tels que Moummou, Lakkhamou et Lakhmou, monstres eux-aussi. Le monde est encore en désordre par le fait de tous ces premiers êtres monstrueux, chacun symbolisant un élément naturel ou climatique.

“Lorsqu’en haut les cieux n’étaient pas nommés,

Qu’en bas la terre n’avait pas de nom,

Que même l’Apsou primordial, procréateur des dieux,

Moummou, Tiamat qui les enfanta tous

Mêlaient indistinctement leurs eaux,

Que les débris de roseaux ne s’étaient pas amassés,

Que les cannaies n’étaient pas encore visibles,

Lorsque nul dieu, était encore apparu,

N’avait reçu de nom ni subi de destin,

Alors naquirent les dieux du sein d’Apsou et de Tiamat.”

La naissance du monde, sources orientales

Compte tenu de leur nature, ces premiers êtres finirent par combattre. Quand Apsou désira tuer sa descendance, l’un d’eux Ea, l’apprit et le tua. Après ce méfait, Tiamat ne désira plus protéger ses enfants et les combattit.

Guerres contre les dieux primordiaux

Ce qui amène à un autre thème très courant dans les genèses du monde : le combat des primordiaux avec les premiers dieux ou avec les êtres. Souvent les mythes de création débutent par une dispute sur la façon dont le monde a été engendré ; on retrouve le cas chez les grecs, où du Chaos naît Ouranos le Ciel et Gaïa la Terre qui enfantent les titans. Mais épiant Gaïa, Ouranos empêche sa femme d’accoucher, jusqu’à ce que Cronos, leur dernier enfant, avec tous ses frères, se libèrent de manière sanglante. La notion de monstres est également présente dans ce mythe, puisqu’en plus des titans, Ouranos et Gaïa donnent naissance aux hécatonchires et aux cyclopes.

Le démembrement

Un autre thème suit celui de ces conflits, c’est celui du démembrement (d’un géant la plupart du temps) qui façonne le monde. Un thème qu’on trouve du côté des sumériens, où lorsque Tiamat est vaincue par Marduk, il utilise les parties du corps de la déesse pour créer le monde. Pour les nordiques et les  germains, c’est du démembrement du géant Ymir que naît le monde ainsi que certaines races, tels que les nains.

« Par la chair d’Ymir a été modelé la Terre,
De son sang, la mer saumâtre,
De ses cheveux, les arbres, les collines de ses os,
De son crâne le ciel le fut.

Mais de ses cils, les Dieux aimants,
Ont modelé Midgard pour les fils des Hommes ;
De ses sourcils ils ont créé les nuages menaçants
Qui des cieux parcourent les mondes. »

L’Edda

Chez les hindous, le monde nait après la mort du géant Purusha. Son souffle devient le vent, son œil gauche le soleil, son oeil droit la lune, ses membres deviennent les extrémités du monde et son sang devient un fleuve.

Pour les aztèques, le monde fut créé à partir du monstre Cipactli, tué par Quetzalcòatl et Tezcatlipoca. Avec sa tête ils créèrent les espaces célestes, avec son corps les univers terrestres, puis avec sa queue et ses membres ce fut l’inframonde.

L’œuf originel

Une autre version du mythe hindou débute par un œuf, né du chaos primordial. De lui naît le dieu Brahma qui utilise la coquille divisée en deux, pour créer la terre et le ciel. Il s’agit du thème de l’œuf cosmogonite, qu’on retrouve dans beaucoup de mythes, de manière plus ou moins métaphorique. Le récit d’Ouranos et Gaïa ci-dessus ou  celui du géant Pan Kou qui trancha l’œuf en deux pour créer le monde chez les chinois, en sont des exemples.

Références

Littérature : Enuma ElishEdda

Lien externe : Titans et création de l’univers (BnF)