Les roussalki

Dernière modification le 22/02/2021 par Mibetama

Les roussalki sont des défuntes rejetées du royaume des morts, présentes dans les régions slaves.

Introduction

Dans les récits des croyances slaves, les roussalki (roussalka au singulier) sont les penchants féminins des morts impurs. Ainsi, ce sont des défuntes dont les causes du décès ne sont pas approuvées par la morale. De ce fait, elles ont été rejetées par la terre et ont l’obligation de rester parmi les vivants. Donc, on retrouve parmi elles les mêmes espèces de défunts que chez les morts impurs.( filles maudites par leurs parents (les mavki), enfants morts sans baptême (les loskotovki), filles noyées, égarées en forêt, suicidées, assassinées ou volées par le diable).

Malgré tout,  il y a une différence avec eux : les roussalki  incluent également les filles mortes entre leurs fiançailles et leurs mariages. De plus, une enfant ou une jeune fille, après avoir été attiré par une roussalka qui la chatouille à mort, devient l’une d’elles.

Description

Bien qu’elles suivent des principes identiques à leurs penchants masculins, on a des descriptions particulières et assez précises des roussalki dans certains écrits. Elles peuvent être aussi bien gentilles que méchantes et ont des apparences diverses : jeunes et belles ou vieilles, hideuses, bossues aux ongles griffus, parfois grosses et flasques (telle la lobasta de la province de Tserk). Souvent, elles peignent leurs cheveux, assises sur un rocher au bord de l’eau. D’ailleurs, on les désigne comme des esprits des puits (les krinitsa ou krinica). Les jeunes et belles sont nombreuses et vivent en bandes ; les vieilles et hideuses sont solitaires. Ces créatures apparaissent également sous forme de petits animaux : belettes, écureuils, campagnols ou grenouilles.

Roussalka

Dans la province de Kalouga, le Vodianoï, l’esprit des eaux, est le patron des roussalki. Il les fait cuire dans un chaudron rempli d’herbes pour leur conférer la jeunesse et la beauté éternelle. Là, ce sont de magnifiques jeunes femmes au corps blanc comme la neige avec de longs cheveux qui se baladent d’arbre en arbre. Aucun homme ne résiste à leurs charmes, à tel point que certains, après en avoir vu une, en dépérissent de nostalgie. 

Toutefois dans la province de Vladimir, les roussalki ont une peau très blanche de l’ordre de la pâleur ; elles sont maigres avec une poitrine démesurée et leurs cheveux font des étincelles dans l’eau. Dans la région de Karkhov, dès qu’elles pénètrent  dans une maison, elles cèdent leur belle allure contre l’apparence  d’une vieille femme.

Lieux et comportements

On peut les rencontrer en toute saison, mais, la plupart du temps, elles vivent au fond des eaux dans un palais de cristal (ou dans la terre ou au ciel selon les versions). C’est pendant la semaine de Roussalnaïa qu’elles se manifestent et sont dangereuses. En effet, lorsque les jeunes femmes se rendent en forêt pour tresser des couronnes, elles doivent en repartir avant la nuit. Car les roussalki envahissent les lieux, y jouent, utilisent leurs cheveux pour se balancer et chantent dans les branches des arbres. Pour se parer, elles se roulent dans l’herbe et se tressent des couronnes. Dans d’autres lieux, elles se baignent dans les rivières et parcourent les champs. On dit que l’on voit où elles sont passées car l’herbe y est plus épaisse et les céréales poussent mieux.

Alors, pour ne pas se faire chatouiller et tuer par l’une d’elles, on évite les forêts et les eaux. Une roussalka peut attirer un jeune homme en l’appelant sous différents noms. Mais quand le malheureux lui répond, elle l’entraîne dans les eaux, le tue  en le chatouillant puis l’emporte au fond des eaux afin qu’il ressuscite et devienne son amant. Dans certaines régions, on dit que le chant des roussalki est semblable à celui des sirènes de la mythologie grecque, possédant le même pouvoir.

Lors de la semaine de Roussalnaïa on ne travaille pas. Car, il est dit que ceux qui n’en tiendraient pas compte auraient des malformations parmi les naissances dans leur famille et dans leur bétails. Les roussalki commettent de nombreuses facéties : voler des instruments à des pêcheurs afin qu’ils les poursuivent et qu’ils se perdent ou voler les filasses des paysannes, défaire leurs ouvrages. Elles peuvent également faire peur au point de donner la fièvre, rendre sourd ou donner des rires et des grimaces compulsifs. Certaines comme le Sphinx, posent des énigmes et tuent la personne si elle donne la mauvaise réponse. Les plus mauvaises font révulser les yeux de leurs victimes et les plus vieilles tuent des enfants. D’autres encore, volent le bétail et on leur donne en offrande des vêtements sur une souche de la forêt en disant ces mots :

« Je vous en prie, roussalki, acceptez mon cadeau et rendez-moi mon bétail ! »

La semaine de Roussalnaïa achevée, dans certains écrits, elles retournent dans leur royaume, dans d’autres elles meurent. A cette occasion, certains personnes leur font une offrande en déposant au bord de leurs champs un morceau de pain.

Afin de se prémunir d’elles, de nombreux moyens existent : les jeunes filles doivent se tresser les cheveux, on porte sur soi des brins d’absinthe ou de l’ortie. En effet, les roussalki demandent souvent « absinthe ou persil », si la réponse est la première, elles s’enfuient au lieu de se jeter sur la personne pour la chatouiller. Un autre moyen de s’en écarter consiste à se tenir dans un cercle avec une croix qui permet de dresser une barrière avec elles. Certaines régions disent qu’il faut en plus se tenir à plat ventre dans le cercle, tout en mangeant de l’ail et en tenant un couteau. Pour protéger les champs, il faut en tracer les bords avec du fer parce que les roussalki détestent ce matériau.

Enfin, on peut aussi leur passer une croix au cou. Alors, elles deviennent  domestiques et peuvent épouser quelqu’un, car elles ne coûtent pas cher puisqu’elles se nourrissent de la fumée des plats. Cependant, les roussalki ne restent jamais éternellement ; elles finissent toujours par s’en aller dès la prochaine Roussalnaïa.

Références

Peinture : Rusalki (W.Pruszkowski), Roussalki (J.Malczewski)

Illustration : La roussalka (I.Bilibine)

Image : Wikipédia